Dix ans de faiblesse, une nuit d’émeutes

par Olivier Damien, président de l’association Ordre et Justice, commissaire divisionnaire honoraire
Plus de six cents policiers, gendarmes et sapeurs-pompiers blessés en une seule journée. Plus de deux mille interpellations. Des commissariats attaqués, des bâtiments publics incendiés. Voilà ce que laisse le 17 octobre. Et voilà, surtout, ce que laisse un pouvoir qui finit comme il a gouverné : en commentant le désordre qu’il n’a jamais su ni voulu affronter.
Ce soir, le président de la République s'adressera aux Français. Il condamnera « avec la plus grande fermeté ». Il saluera « le courage de nos forces de l’ordre ». Il promettra que « les auteurs seront retrouvés ». Nous connaissons le texte par cœur : il a déjà servi pour les Gilets jaunes, pour les retraites, pour Sainte-Soline, pour les émeutes de 2023. Dix ans de « plus grande fermeté », et chaque fois un peu plus de blessés, un peu plus de destructions, un peu moins d’État.
Le ministre a nommé l’adversaire. Qu’il agisse.
Le ministre de l’Intérieur a désigné, dès samedi soir, les responsables des attaques contre les commissariats : l’extrême gauche radicale. Fort bien. Mais un ministre de l’Intérieur n’est pas un commentateur. Ces groupes sont connus, fichés et suivis depuis des années. Ils annoncent leurs rendez-vous, revendiquent leurs actions et recrutent au grand jour. Si l’État sait qui ils sont, pourquoi sont-ils encore libres de frapper ?
Et s’il ne le sait pas, à quoi servent nos services de renseignement ?
La vérité est plus simple et plus grave : on a laissé prospérer ces réseaux parce qu’il était politiquement commode de ne pas les nommer, et électoralement risqué de les combattre. On a toléré qu’une partie de la gauche les excuse, les relativise et en fasse les héros d’une prétendue « colère sociale ». Cette complaisance a un prix.
Samedi, ce sont des policiers inconscients, transportés à l’hôpital, qui l’ont payé.
Les vraies victimes : ceux qui manifestaient
Car il faut le dire avec force : la première cause trahie samedi, c’est celle des Français qui défilaient contre la vie chère. Des centaines de milliers de personnes honnêtes, épuisées par le prix du carburant et l’effondrement des services publics, sont venues exprimer leur détresse. Leurs mots ont été étouffés par le bruit des vitrines brisées. Les émeutiers ne défendent pas le peuple : ils le prennent en otage, et le pouvoir, en ne les arrêtant pas au préalable, leur offre le décor.
L’impuissance organisée
L’État macroniste n’est pas faible par manque de moyens. Il est faible par choix. Il n’existe toujours pas, dans notre pays, de doctrine de traitement des émeutes. On demande à nos forces d’appliquer, face à des bandes offensives, mobiles et équipées, les méthodes conçues pour encadrer un cortège syndical. On les condamne ainsi à subir. Puis on s’étonne du nombre de blessés.
Notre code pénal, lui, ne connaît même pas l’émeute. Il juxtapose l’attroupement, notion d’un autre siècle, le groupement en vue de violences, les dégradations : un empilement qui oblige magistrats et enquêteurs à démontrer, cas par cas, ce que tout le monde a vu en direct. Résultat : des procédures fragiles, des peines dérisoires, et une certitude chez les émeutiers que le jeu en vaut la chandelle.
Un État qui refuse de nommer ce qu’il combat a déjà renoncé à le vaincre.
Ce qu’il faut faire, et vite
Ordre et Justice ne se contente pas de dénoncer. Nous proposons.
Créer un délit d’émeute, qui saisisse l’action collective comme telle, avec des peines réellement dissuasives et un jugement rapide fondé sur les preuves recueillies pendant les faits.
Doter la France d’une doctrine nationale de lutte contre les violences urbaines, distincte du maintien de l’ordre, avec des unités formées et équipées pour aller au contact, interpeller et neutraliser.
Frapper au portefeuille : saisie et confiscation systématique des biens des émeutiers, réparation intégrale des dommages causés à la collectivité.
Protéger juridiquement ceux qui nous protègent. Un policier qui décide en une seconde, sous les pavés, doit savoir que l’État le soutiendra. Qu’il faille des associations comme la nôtre pour financer la défense de gendarmes poursuivis en dit long sur l’abandon dont ils font l’objet.
Rendre les forces nationales disponibles en créant une troisième force de sécurité publique, autonome, appuyée par des polices municipales obligatoires dans les municipalités de plus de 10 000 habitants. On ne gagne pas une crise avec des effectifs dispersés sur mille tâches secondaires.
La fermeté sans faux-semblants
Un manifestant a perdu une main à Saint-Étienne ; l’enquête doit aller jusqu’au bout. Nous ne craignons pas la vérité, car l’autorité véritable n’a rien à cacher. C’est précisément ce qui la distingue de l’impuissance bavarde qui nous gouverne.
2027 se joue maintenant
Dans quelques mois, les Français choisiront un nouveau chef de l’Etat. Ils ne se contenteront plus de discours martiaux prononcés au lendemain des désastres. Ils jugeront chaque candidat sur une seule question : aura-t-il le courage de rétablir l’autorité de l’État, ou se contentera-t-il, comme celui qui s’en va, de la regretter en direct à 20 heures ?
Le 17 octobre n’est pas un accident.
C’est un bilan.



