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Des forces de l’ordre épuisées, c’est une République désarmée

il y a 2 minutes
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Demain, samedi 31 octobre, 70 000 policiers et gendarmes seront de nouveau déployés dans notre pays. Pour tenir ce dispositif, la hiérarchie impose un taux de présence de 75 % dans les commissariats et les unités. Ce chiffre dit tout : l’État ne maîtrise plus la rue, il la contient, semaine après semaine, en jetant dans la balance la quasi-totalité de ses forces. Mais pour combien de temps encore ?


Le constat, d’abord. Ce qu’on appelait naguère une manifestation n’est plus, trop souvent, qu’un prétexte. Le 17 octobre, Paris a vécu une véritable guérilla urbaine avec son cortège de pillages, d’incendies et d’attaques délibérées contre les forces de l’ordre. Les rassemblements servent désormais de couverture à des groupes organisés, mobiles, rompus au harcèlement, qui ne viennent pas défendre une cause mais casser, voler et blesser. Le 24 octobre fut plus calme ? Sans doute, mais uniquement parce que les effectifs avaient été massivement renforcés. Autrement dit, l’ordre public ne tient plus qu’à la saturation de l’espace par les uniformes. Ce n’est pas une stratégie, c’est un aveu d’impuissance.


1 200 policiers et gendarmes blessés

Le prix, ensuite. Près de 1 200 policiers et gendarmes ont été blessés au fil des dernières journées de mobilisation. Derrière ce chiffre, il y a des fractures, des brûlures, des traumatismes graves, des agents arrêtés pour des semaines. Il y a aussi des familles qui, chaque samedi soir, dans l’angoisse, attendent un retour. Si une entreprise affichait un tel bilan, l’inspection du travail fermerait l’établissement aussitôt. Pour les forces de l’ordre, on se contente de remerciements ministériels.


Et puis surtout, l’usure. Des vacations de quatorze à seize heures, dix-sept kilos d’équipement sur le dos, des repos supprimés en pleines vacances scolaires, des rappels à répétition. Les syndicats ont raison d’alerter ! Policiers et gendarmes ne sont pas des machines. La fatigue accumulée altère le discernement, multiplie les risques d’accidents, fragilise l’équilibre psychologique. Et pendant qu’on mobilise tout le monde pour le samedi, la délinquance du quotidien ne prend pas de congés. Les victimes de cambriolages, de violences ou de trafics subissent. C’est toute la sécurité publique qui est ainsi impactée et se dégrade.


Le droit, enfin. Notre cadre juridique a été pensé pour des manifestations déclarées, encadrées par un service d’ordre, suivant un parcours connu. Il est désarmé face aux rassemblements improvisés sur les réseaux sociaux, aux cortèges sauvages, aux blocages lycéens, aux groupes qui se forment et se dispersent en quelques minutes. Les textes existent, mais de manière éparse – attroupement, dissimulation du visage, groupement en vue de commettre des violences –, cependant aucun ne saisit le phénomène dans sa réalité : l’émeute. Elle n’a pas d’existence propre dans notre code pénal. Quant à la loi dite « anticasseurs » de 2019, le Conseil constitutionnel l’a amputée de sa disposition la plus utile, l’interdiction individuelle de manifester. Résultat : on interpelle beaucoup, on poursuit difficilement, on condamne peu, et rarement à la hauteur des dégâts.


Il n’existe pas davantage de doctrine nationale de traitement des violences urbaines. On les gère comme du maintien de l’ordre classique, avec des unités conçues pour encadrer des foules pacifiques, non pour neutraliser des bandes déterminées à détruire et à piller. D’où ces dispositifs gigantesques, coûteux et épuisants, qui ne règlent rien sur le fond.


Principe casseur-payeur

Deux mesures s’imposent d’urgence. La première : une loi spécifique sur l’émeute. Non pas une législation d’exception, mais un texte qui nomme enfin le phénomène avec une incrimination autonome, des peines minimales pour les violences et pillages commis en contexte émeutier, et l’application stricte du principe casseur-payeur.


C’est d’ailleurs le sens de la loi qui vient d’être adoptée par le Sénat. Celui qui détruit rembourse, sur ses biens et ses revenus, jusqu’au dernier euro.


La seconde : un schéma national anti-émeutes commun à la police et à la gendarmerie, avec une chaîne de commandement unifiée sous l’autorité du préfet et l’appui des polices municipales, véritable troisième force de sécurité publique, autonome, capable de prendre le relais des missions du quotidien. C’est à ce prix seulement que l’on cessera d’user jusqu’à la corde ceux qui tiennent encore la rue au nom de la République.


Olivier Damien

Président d'Ordre et Justice


 
 
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