17 octobre : L’État a perdu le contrôle, mais refuse toujours d’apprendre

Samedi, la France a vu brûler l'hôtel de ville de Limoges, saccager la résidence de la préfète de la Gironde, piller des centaines de commerces à Paris, Marseille, Lyon ou Bordeaux. Plus de deux mille trois cents interpellations, des centaines de policiers et de gendarmes blessés. Ce n'est pas une manifestation qui a dérapé. C'est l'autorité de l'État qui a cédé. Mais le plus grave, pourtant, n'est peut-être pas ce qui s'est passé samedi. C'est ce qui a été dit depuis.
Le président de la République a parlé huit minutes. Colère, honte, soutien aux commerçants, hommage aux forces de l'ordre : le répertoire est connu par cœur. « Ceux qui ont détruit doivent payer. » Fort bien. Mais comment, selon quelle doctrine, avec quels outils ? Le chef de l'État réclame de « nouveaux modes d'action » contre les casseurs, sans dire lesquels. Il déplore des « défaillances d'anticipation et de renseignement » comme le ferait un commentateur, alors qu'il en est le premier responsable.
Contrôle perdu
Le ministre de l'Intérieur a d'abord assuré, dans la nuit, que le dispositif n'était « pas sous-dimensionné ». Lundi matin, il concédait qu'on avait perdu le contrôle de plusieurs grandes villes. Entre les deux, il avait présenté sa démission. Refusée, au nom de la « continuité du commandement ». Étrange continuité que celle d'un commandement qui vient d'échouer de la manière la plus flagrante. Sous ce pouvoir, on ne quitte pas sa place pour une faute : on reste, et on promet de mieux faire.
Le garde des Sceaux, enfin, admet que l'État a « failli, incontestablement », et que nos services ne savent pas lutter contre l'ultra-gauche. L'aveu est rare. Il serait courageux s'il débouchait sur autre chose que des instructions de fermeté aux parquets, exactement comme en 2023.
Car voilà le cœur du scandale : rien n'a été retenu. En 2023, les émeutes avaient touché plus de six cents communes et causé près d'un milliard d'euros de dégâts. Le Sénat avait rendu un rapport et vingt-cinq propositions. Qui s'en est soucié, place Beauvau ? Trois ans plus tard, on retrouve le même renseignement aveugle, les mêmes forces tenues à distance, les mêmes pillards maîtres de la rue pendant des heures, la même circulaire pénale publiée le lendemain. À ce stade, ce n'est plus un échec. C'est un choix délibéré.
Notre droit est désarmé
Le reste de la classe politique ne vaut guère mieux. Ceux qui ont gouverné hier font le dos rond, sachant ce qu'ils doivent à cette faillite. L'extrême gauche, dont les militants ont fourni une partie des troupes de choc, reproche aux médias de trop montrer les violences. Les autres dénoncent avec vigueur mais proposent peu, parce qu'ils ne seraient pas entendus, et surtout parce qu'ils n'ont pas travaillé la question.
L'idée de traiter les émeutiers comme des terroristes résume cette indigence. Le terrorisme suppose une entreprise visant à troubler gravement l'ordre public par l'intimidation ou la terreur. Le pillard qui vide une boutique de téléphones n'en relève pas, et aucun juge ne suivra. C'est une formule de plateau, pas une politique.
Il est exact, en revanche, que notre droit est désarmé. La France n'a aucune doctrine de traitement des émeutes. Elle les gère comme des opérations ordinaires de maintien de l'ordre, conçues pour encadrer des cortèges, non pour reprendre le contrôle d'une ville.
Notre Code pénal ignore même l'émeute en tant que telle.
Il faut donc, d'abord, créer une incrimination spécifique de participation à une émeute, assortie de peines aggravées et d'interdictions de paraître. Il faut, ensuite, une doctrine nationale distincte du maintien de l'ordre, fondée sur l'interpellation et la reprise du terrain, avec un commandement unifié dès le premier jour. Il faut rendre la police municipale obligatoire au-delà de dix mille habitants et bâtir enfin une troisième force de sécurité publique, autonome, capable de tenir le territoire quand police et gendarmerie sont engagées ailleurs. Il faut, enfin, faire payer : saisie systématique des biens des émeutiers condamnés au profit des victimes.
Rien de cela ne sera fait. Le pouvoir en place n'en a ni la volonté ni le temps. C'est donc à ceux qui prétendent lui succéder de dire, d'ici au printemps, s'ils ont tiré les leçons du 17 octobre. Les Français, eux, les ont tirées.

Source :Boulevard Voltaire



