L’ordre public n’est plus assuré en France
- il y a 1 jour
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par Olivier DAMIEN

La question n’est pas de savoir pourquoi des casseurs cassent, mais pourquoi l’État, qui avait vu venir la soirée, n’a pu en garantir le bon déroulement ?
Dans la nuit du 30 au 31 mai, la France a célébré un titre européen de football comme elle célèbre désormais trop d’événements : par le feu et la violence. Pour la deuxième année consécutive, la victoire du Paris Saint-Germain en Ligue des champions a donné lieu à des émeutes. Une soirée pourtant attendue, préparée et annoncée. Vingt-deux mille policiers et gendarmes mobilisés. Et malgré cela, des tirs de mortier sur les Champs-Élysées, des commerces pillés, des véhicules incendiés à Paris, Lyon, Rennes ou Le Havre ; cinquante-sept membres des forces de l’ordre blessés ; près de huit cents interpellations, en hausse d’un tiers par rapport à l’an passé. Deux années de suite, le même prétexte, le même résultat.
On parlera, comme toujours, de « débordements festifs ». C’est la formule qu’il faut cesser d’employer. Lorsqu’un événement parfaitement prévisible échappe à ce point au contrôle de l’État malgré le déploiement le plus massif que l’on puisse concevoir, ce n’est plus un incident ; c’est le révélateur grave d’un pays en plein déclin. La question n’est pas de savoir pourquoi des casseurs cassent, mais pourquoi l’État, qui avait vu venir la soirée, n’a pu en garantir le bon déroulement ?
L’État ne fera rien
Nous n'y voyons pas une fatalité, mais une démission. L’État français ne manque pourtant ni de lois, ni d’hommes, ni de moyens. Il a simplement perdu la capacité de faire suivre ses décisions d’effet. Il prononce des sanctions qu’il n’exécute plus. Le pouvoir a condamné des violences « inacceptables » et promis d’être « implacable ». Des mots que nous entendons après chaque épisode, qui ne coûtent rien et n’engagent à rien. Sur huit cents personnes interpellées, combien connaîtront une sanction pénale rapide, certaine et visible ?
Or une réponse n’a de valeur que si elle réunit trois qualités : la rapidité, la certitude, la visibilité. Une sanction tardive ne corrige rien. Improbable ; elle n’effraie personne ; invisible, elle n’instruit pas le corps social. Aucune des trois ne sera au rendez-vous, et chacun le sait, à commencer par les émeutiers. Ils n’agissent pas malgré l’État, mais parce qu’ils ont compris que, l’émotion retombée, l’État ne fera rien. L’impunité est devenue un calcul rationnel.
Cette nuit de mai 2026 n’est pas un accident isolé. Elle est la face visible d’un gouvernement dépassé. D’un pouvoir qui n’a plus aucune réponse sécuritaire valable dans aucun domaine, et qui n’est même plus capable de sécuriser un simple événement sportif. Comment voudrions-nous, dès lors, qu’il combatte efficacement le narcotrafic ou la criminalité organisée ?
Qu’on ne se méprenne pas. Il ne s’agit pas d’alimenter une surenchère malsaine. Il s’agit simplement de constater une faillite républicaine, et c’est à la République de la regarder en face. L’ordre public ne devrait être ni de droite ni de gauche, car c’est la première obligation de l’État, celle sans laquelle aucune liberté n’est garantie.
L’autorité ne se décrète pas. Elle s’exerce, ou elle s’efface. Un État qui ne parvient pas à tenir sa capitale une nuit qu’il avait vue venir, n’assure plus l’ordre public : il administre son absence. Nous pouvons continuer ainsi, condamner, nous émouvoir, oublier, recommencer l’année suivante. Ou bien tenter de rétablir ce qui a cédé. Il faut retrouver une réponse qui tombe vite, à coup sûr, et que chacun voit arriver. La question qui se pose désormais est simple : est-ce encore l’État qui fixe la loi, ou ceux qui la défient ? Il est plus qu’urgent d’apporter une réponse.
